2008 : Les accueillants familiaux en quête de légitimité

Auteur : Rouga Lazarova, La Gazette Santé Social n°42/43 (juin - juillet 2008, pages 68 et 69).

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Longtemps méconnu, l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). de personnes dépendantes cherche dorénavant à sortir de l’ombre. Et fait valoir ses atouts.

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n°42/43, pages 68 et 69

Ils reçoivent à leur domicile des adultes handicapés ou des personnes vieillissantes, en perte d’autonomie. Ils partagent avec eux le quotidien, du café matinal au dessert du dîner. Ils découpent leur steak. Ils les amènent chez le médecin. Ils leur offrent la chaleur d’une vie de famille. Mais le métier des accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
demeure difficile à cerner. Il repose autant sur des compétences professionnelles que sur une dimension relationnelle.

Un coût faible

Cette composante insaisissable, dure à réglementer, trouble sans doute les élus et les décisionnaires, qui sont restés pendant longtemps méfiants envers cette forme de prise en charge. « Quelle est la garantie du lien entre accueillant et accueilli ? Les élus ont des inquiétudes là-dessus », confirme Jean-Michel Rapinat, chef du service développement social de l’Assemblée des départements de France.

Les conseils généraux délivrent les agréments aux accueillants familiaux et contrôlent leur activité. Certains ont choisi de confier la conception du service à une association, la Croix Marine pour l’Allier, par exemple. D’autres, comme la Haute-Loire, ont créé leur propre service d’accueil familial. Cependant, de criantes disparités territoriales demeurent : bien développé dans le Nord, l’Aquitaine ou le Poitou, l’accueil familial demeure quasiment inexistant en région parisienne ou dans le Massif central.

L’absence de statut des accueillants familiaux a longtemps été un frein pour le développement de cette activité. La législation a récemment comblé cette lacune en créant un statut sur le modèle de celui des assistants familiaux (lire l’encadré ci-contre), avec une rémunération minimum garantie et des indemnités d’entretien. « Ce sont des avancées. Mais il faut persévérer pour améliorer les conditions d’exercice et intéresser les jeunes au métier », note Alain Villez, conseiller technique à l’Uniopss
 [1].

Car l’accueil familial présente des atouts non négligeables. Son faible coût est mis en avant dans la réflexion sur la prise en charge des personnes âgées. Selon le cabinet de Valérie Létard, secrétaire d’Etat chargée de la Solidarité, son coût moyen mensuel est estimé à moins de 1.500 euros, contre 2.200 euros en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes.

Mais selon Alain Villez, l’argument financier ne restera pas si convainquant à l’avenir : « On va demander aux accueillants familiaux de se professionnaliser de plus en plus. Les formations vont se répercuter sur le coût. Si on veut un accueil de qualité, il faut y mettre le prix. »

Dimension humaine

L’accueil familial est également considéré comme un levier du développement du territoire. Ainsi, la Mutualité sociale agricole a organisé, en partenariat avec Agrica
 [2]
plusieurs réseaux d’agriculteurs et l’Uniopss, le 18 mars dernier, une journée nationale d’échanges sur le thème : « L’accueil familial social : une solution d’avenir pour les personnes en perte d’autonomie ».

Aujourd’hui, 94 % des accueillants sont en effet des femmes, plutôt âgées (la moyenne d’âge est de 56 ans), qui vivent en famille en zone rurale. Beaucoup ont pris leur retraite. D’autres choisissent d’arrondir ainsi les fins de mois difficiles de leur ménage agricole.

L’accueil de personnes âgées ou handicapées maintient l’activité dans des territoires parfois désertés. Enfin, cette formule d’hébergement individualisé, avec sa dimension d’humanité et de réciprocité, peut correspondre aux besoins de l’usager. Jean-Marie Blanc, 59 ans, handicapé moteur de naissance, ayant longtemps été indépendant grâce à un emploi en centre d’aide par le travail, n’a jamais pu s’habituer à une maison de retraite. Aujourd’hui, il se dit heureux de vivre chez les Bougerol, une famille d’accueil du Tarn-et-Garonne.

La qualité de l’accueil familial dépend en premier lieu du libre choix des accueillants et des accueillis. « Je ne me vois pas accueillir chez moi quelqu’un que je ne peux supporter », confie Nathalie Dessertaux, accueillante familiale en Côte-d’Or. Cependant, ce principe est parfois négligé au nom de l’urgence. Nombre d’accueillants critiquent l’empressement des associations, des services sociaux départementaux, des maisons départementales des personnes handicapées à trouver une place.

La réalité s’approche alors davantage d’un placement que d’un accueil librement consenti. « Si on est dans l’urgence, on court à l’échec. Il faut laisser le temps aux rencontres, à la réflexion », estime Loïc Hamon, de l’Association pour l’action sociale et éducative (Apase), en Ille-et-Vilaine. Il souligne l’importance du premier rendez-vous entre accueillant et accueilli, élément fondateur du projet d’accueil. L’usager découvre la famille d’accueil, qui n’est jamais la famille idéale. Il exprime ses attentes. L’accueillant évoque ses propositions de vie commune.

Implication

Le tiers organisateur dans un domaine aussi sensible s’avère salutaire. Le travailleur social d’une association ou d’un service départemental aide à mieux gérer les relations complexes avec les familles qui peuvent ressentir de la culpabilité ou de la jalousie vis-à-vis de « l’autre » famille. Il permet aussi à l’accueillant familial de prendre du recul par rapport à son métier, où l’affectif joue un rôle important.

« II ne faut pas oublier que c’est un travail, pas un sacrifice », note Belén Alonso, accueillante familiale, administratrice de l’association Famidac, un réseau de professionnels. Elle pointe l’une des difficultés de l’accueillant familial, qui a l’obligation de la continuité de l’accueil : trouver un bon remplaçant. « C’est un vrai problème dans une activité où l’on doit absolument éviter l’épuisement. Si la remplaçante s’installe chez vous, il faut qu’elle s’adapte vite. Dans le cas inverse, on doit s’organiser pour le transport. »

Beaucoup d’accueillants souffrent, enfin, de l’isolement. Mieux reconnaître leur métier, ce serait aussi les intégrer dans des réseaux de professionnels de la santé, du secteur sanitaire et social, et susciter des échanges.

Rouja Lazarova

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TÉMOIGNAGE


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Sophie Barthélémy
accueillante familiale d’adultes handicapés dans le département de la Vienne, administratrice de l’association Famidac. Photos J.M. Nossant

« Nous sommes isolés »

« Accueillir des personnes en perte d’autonomie conduit à l’isolement. Nous avons une astreinte 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Et il n’est pas évident de se rencontrer entre collègues. Je me sens mieux informée et défendue auprès des instances nationales depuis mon adhésion à l’association nationale d’accueillants familiaux Famidac.

Mais, à l’hôpital, je ne suis pas reconnue par le personnel hospitalier, les psychiatres. Sous prétexte de secret médical, je n’ai pas eu d’informations sur les pathologies de mon premier "accueilli", et nous avons fini aux urgences.

Je travaille désormais en collaboration avec un médecin traitant. Nous essayons de trouver les professionnels spécialisés pour la prise en charge médicale de mes "accueillis". Je suis aussi soutenue par l’accompagnatrice sociale qui assure le suivi de l’accueil familial et vient une fois par mois chez moi. »

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Sophie Barthélémy avec Jean-Paul et Patricia.

Encadré


DES AVANCÉES RÉCENTES SUR LE STATUT

La loi n° 2002-73 du 17 janvier 2002 a jeté les bases de la réglementation de l’accueil familial. Elle a établi les conditions de délivrance de l’agrément par les conseils généraux (accueil jusqu’à trois personnes, formation, contrôle...) et entamé la reconnaissance du statut des accueillants (rémunération, protection sociale...).

La loi n° 2007-290 du 5 février 2007 va plus loin, fixant une rémunération minimum garantie, indexée sur le Smic, et une indemnisation, liée au nombre de personnes accueillies. La durée du travail ne peut excéder 258 jours par an. Les accueillants familiaux ont droit à des indemnités en cas d’inactivité forcée, à un préavis en cas de licenciement.

Le décret d’application à paraître prochainement doit définir le montant de la rémunération minimum. La députée Valérie Rosso-Debord doit par ailleurs rendre avant le 30 juin au gouvernement les conclusions d’une mission de réflexion sur le statut des accueillants familiaux.


  • 9.200 ACCUEILLANTS AGRÉÉS (selon la Direction générale de l’action sociale - DGAS)
  • 6.000 ACCUEILLANTS EN ACTIVITÉ (selon les cotisations à la caisse de retraite et de prévoyance Ircem).
  • 13.800 PERSONNES ACCUEILLIES (DGASl.

Notes

[1Uniopss : Union nationale interfédérale des œuvres et organismes privés sanitaires et sociaux.

[2Agrica : Groupe de retraite et prévoyance pour les agriculteurs.

Dernière mise à jour : mercredi 12 janvier 2011

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