2009 : Accueillant familial, un métier d’avenir ?

Auteur : Saïd Aït-Hatrit, dans la revue gratuite "Les proches" n° 10, mars 2009, pages 34 et 35.

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La pratique qui consiste à héberger à son domicile une personne handicapée, âgée ou malade pour l’aider à reprendre pied dans la vie, a toujours existé. Elle est sur le point d’être reconnue comme un métier, celui de l’accueillant familial, que l’État cherche de plus en plus à organiser. Pour le bien de l’accueilli comme de l’accueillant.

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Entre le maintien à domicile et le placement en établissement spécialisé, il existe une alternative qui suscite de plus en plus l’intérêt : l’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). social. Cela permet à une personne handicapée, âgée, plus rarement malade ou convalescente, d’être hébergée au domicile d’un particulier. Elle y est nourrie, blanchie, dispose de sa chambre et, pardessus tout, elle peut y retrouver un cadre de vie convivial.

L’accueillant familial – ou le couple d’accueillants familiaux accueilant familial
accueillants familiaux
Agréés pour prendre en charge à leur domicile des personnes âgées ou handicapées adultes n’appartenant pas à leur propre famille, les accueillants familiaux proposent une alternative aux placements en établissements spécialisés.
– peut recevoir un maximum de trois personnes nécessitant une aide, à temps plein, à mi-temps, voire en accueil de jour, après avoir obtenu un agrément d’une validité de cinq ans auprès de son conseil général. Il est lié à la personne qu’il accueille par un contrat privé qui en fait son salarié ; une période d’essai d’un mois permet même à chacune des parties de mettre un terme, sans préavis, à ce contrat !

Selon une enquête de la DGAS (Direction générale de l’action sociale) datant de 2006, 9 202 accueillants familiaux prennent en charge 13.815 personnes en France, dont 7.639 handicapés adultes et 6.176 personnes de plus de 60 ans.

« La plupart des accueillants familiaux sont des proches et d’anciens proches qui ont connu la maladie ou le handicap à travers un enfant ou un parent, explique Étienne Frommelt, qui en juge par l’origine des adhérents de Famidac, l’une des plus importantes associations consacrées aux accueillants familiaux, qu’il préside. Dans la mesure où ils sont contraints de rester à leur domicile pour assister leur proche, ils décident un jour d’accueillir une deuxième ou une troisième personne dont ils vont s’occuper. L’autre chemin qui mène à l’accueil familial est celui des professions sanitaires ou sociales : il concerne des auxiliaires de vie, des éducateurs spécialisés ou encore des infirmiers qui en ont assez de s’employer dans des établissements qui laissent parfois trop peu de temps au relationnel, et décident de travailler autrement. »

Un mode d’accueil ancien… et perfectible

L’accueil familial de personnes en situation de faiblesse a toujours existé dans nos sociétés. Les personnes âgées ont longtemps trouvé refuge auprès de leur famille élargie, les « simples d’esprit » remplissant diverses tâches au sein de leurs communautés villageoises, rappelle Jean-Claude Cébula, directeur de l’Institut de formation, de recherche et d’évaluation des pratiques médico-sociales (Ifrep) et auteur de nombreux ouvrages sur cette question.

Dès la Révolution française, un « comité de mendicité » préconise ainsi de loger les vieillards de plus de 60 ans au sein de familles, moyennant une pension, alors que des malades mentaux sont placés dans des fermes où ils fournissent une main-d’oeuvre bon marché !

Au siècle dernier, alors que l’accueil familial se développe, en réponse à la dislocation des liens de solidarité dans la société, la dénonciation de ses dysfonctionnements (captation d’héritage, conditions d’accueil déplorables) pousse enfin le législateur à s’y intéresser. La loi de juillet 1989, relative à l’accueil par des particuliers à leur domicile, à titre onéreux, de personnes handicapées ou âgées adultes, lance les bases de son encadrement juridique, mais elle est insuffisante.

Treize ans plus tard, la loi de 2002, rénovant l’action sociale et médico-sociale, la complète et reconnaît aux accueillants le droit de bénéficier de congés payés. Elle fixe leur rémunération non plus par rapport au minimum garanti, mais au smic. Cependant, les griefs demeurent. Le statut de salarié n’est toujours pas reconnu à l’accueillant familial, qui n’a donc pas droit au chômage. Quant aux conseils généraux, ils assument diversement leurs responsabilités, notamment en termes de formation des accueillants et de suivi médico-social des personnes accueillies. Cela explique que ce mode d’accueil soit très inégalement développé entre les régions françaises.

Appel au volontarisme de l’État

En novembre dernier, la députée Valérie Rosso-Debord a remis son rapport sur l’évolution de l’accueil familial des personnes âgées et des personnes handicapées, commandé début 2008 dans le cadre du plan Solidarité-Grand Âge 2007-2012. Elle y réaffirme le caractère pertinent et complémentaire du placement en famille d’accueil et appelle au volontarisme de l’État pour refondre sa pratique. Elle propose de faire des accueillants de véritables salariés, pouvant bénéficier du chômage, de 35 jours de congés payés et du maintien de leur rémunération entre deux accueils. Pour que ce nouveau statut ne complique pas les relations entre l’accueillant et l’accueilli, elle préconise de leur adjoindre un « tiers régulateur » : un établissement public ou privé qui exercerait la fonction d’employeur et gérerait les besoins de formation et de remplacement.

Outre le fait que les solutions préconisées sont en-deçà de ce qu’il attendait, Étienne Frommelt regrette que peu de personnes malades puissent aujourd’hui se diriger vers ce mode d’accueil. En effet, les frais qu’il occasionne ne sont pas pris en charge par la Sécurité sociale, contrairement à l’accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
(voir encadré). « C’est l’un des gros problèmes, poursuit-il. Les personnes malades et isolées n’ont que l’alternative de l’hospitalisation ou de l’"entre-deux-soins”, avec maintien à domicile. La Sécurité sociale ferait pourtant d’importantes économies en leur permettant d’êtres reçues au sein des familles d’accueil. »


L’ACCUEIL FAMILIAL THÉRAPEUTIQUE

Dans le cadre de ce service, l’accueillant – qui peut aussi être accueillant familial social – héberge une personne souffrant de troubles mentaux. Il est salarié d’un établissement psychiatrique de droit public ou privé et signe un véritable contrat de travail. La Sécurité sociale et l’assurance maladie prennent en charge ce type d’accueil.


En savoir + : www.famidac.fr

Post Scriptum

"Les Proches", revue éditée par la Ligue nationale contre le cancer, agit au nom des proches et des malades atteints de cancer pour évaluer leurs besoins, leurs difficultés, les valeurs qu’ils incarnent et les droits auxquels ils aspirent.

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Dernière mise à jour : mercredi 12 janvier 2011

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