De l’accueil familial thérapeutique à l’accueil familial médico-social

Viviane CHÂTEAUVIEUX, psychiatre - Centre Hospitalier Spécialisé
Ainay-le-Château (03).

L’accueil familial Accueil familial Mode d’accueil alternatif au maintien à domicile et au placement en établissement spécialisé : les personnes handicapées ou âgées sont prises en charge au domicile de particuliers agréés et contrôlés par les conseils départementaux (ou par des établissements de santé mentale). thérapeutique a été mal utilisé à Ainay. Il faut savoir que les patients sont considérés comme hospitalisés, et donc théoriquement relevant d’un soin psychiatrique. Pour ce qui est du temps médical, jusqu’au mois d’août 2001, il y avait deux psychiatres à plein temps, plus un autre à un cinquième de temps... pour 430 patients. Actuellement, il n’y a plus qu’un plein temps de psychiatre, plus un cinquième de temps. Alors, parler de soins psychiatriques dans ces conditions pourrait faire sourire si cela n’était pas aussi triste et s’il ne s’agissait pas de personnes en difficultés.

J’ai étudié de près la situation de 140 patients reçus en consultation par le psychiatre au moins une fois par trimestre, et autant que de besoin puisqu’il arrive qu’ils rechutent. Au bout d’un an, avec les infirmiers et les médecins généralistes, nous avons trouvé 50% d’inadéquations partielles, à savoir que les patients ne relèvaient plus d’une hospitalisation en psychiatrie. Et environ 30% d’entre eux étaient en situation d’inadéquation totale, à savoir que non seulement ils ne relèvaient plus d’une hospitalisation en psychiatrie, mais ils n’en relevaient pas du tout dès le départ.

C’est là ce qui subsiste de la colonie familiale, c’est-à-dire qu’on envoyait de Paris des gens dont on ne savait pas quoi faire et qui rencontraient un problème social. Mais, une fois qu’on entrait à la colonie familiale, on n’en sortait pas ; c’était une fin en soi. Puis, suite à la transformation en hospitalisation psychiatrique, ils sont restés là.

Parmi ces situations d’inadéquation, on trouve 20,7 % de patients qui relèvent du médico-social, c’est-à-dire des personnes qui ne relèvent plus d’une hospitalisation en psychiatrie, mais qui, en revanche, peuvent bénéficier d’un accueil familial pour des raisons sociales et/ou comportementales. Sur l’année, j’ai revu les traitements de patients qui étaient là depuis longtemps et qui avaient d’importantes prescriptions inchangées.

Techniquement, dans l’analyse, j’ai considéré comme stabilisés les patients dont le traitement n’avait pas changé depuis un an. Cela signifie que dans un an, on dépassera les 50% d’inadéquations, c’est-à-dire que davantage de patients pourront et devront bénéficier d’un accueil familial sans être hospitalisés en psychiatrie.

Je place de grands espoirs dans le médico-social, c’est-à-dire dans ce que devraient apporter les nouvelles réglementations : l’article 51 de la loi de modernisation sociale, ses décrets d’application, et le texte sur les nouveaux métiers en santé mentale. Le souhait est de ne pas inventer un accueil familial médico-social qui serait un ancien accueil familial thérapeutique AFT
Accueil Familial Thérapeutique
Des personnes souffrant de troubles mentaux peuvent être prises en charge au domicile de particuliers formés, agréés et employés par des établissements psychiatriques.
à moindre prix. C’est le danger.

Toutefois, le risque majeur reste évidemment la chronicisation. On sait bien que la psychose en génère. Quand les patients sont sortis de l’hôpital psychiatrique, ce fut un progrès : ils étaient chronicisés en asile, ils allaient en famille d’accueil, et c’était très bien. Mais, en accueil familial thérapeutique, la chronicisation est de fait : certains patients sont là depuis quarante ou cinquante ans. Et si on ne les a pas chronicisés, on ne les a pas soignés. Il y a quelque chose qui ne s’est pas passé là.

Le risque serait donc de récréer de la chronicisation dans le médico-social en mettant en place un système moins coûteux, en réduisant les effectifs des équipes, et en oubliant le soin. Dans ce cas, les patients n’auront pas gagné grand-chose. Tout est à faire, mais peut-être le médico-social permettra-t-il d’avoir une structure plus souple, afin qu’un patient qui a trouvé ses marques dans une famille puisse y rester, à condition qu’on se pose la question et que cela ne devienne pas un système. Il faut que les réponses soient mises en place dans l’intérêt des personnes, au cas par cas.

Chaque patient est unique ; chaque famille est unique.

Dernière mise à jour : mardi 19 avril 2011

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